ALTER EGO

Louis, Clément, Ezequielle, Elvis

Mais aussi Gribouille, Poupoune, Caramel et Vanille.

Depuis plus de 120 ans, les dépouilles d’animaux dont les maîtres voulaient une sépulture à la mesure de leur affection reposent au cimetière pour chien d’Asnières. 

Ci-gisent chien, mais aussi chat, tortue, cheval, et même singe et mouton.

Certains fameux –  comme Rintintin, star canine de cinema, ou encore Clément, le chien de l’écrivain Michel Houellebecq -, d’autres moins.

Créé en 1899, classé monument historique en 1987, il est le premier lieu de ce type en France, résultant à la fois d’un changement juridique et idéologique. À la fin d’un XIXème siècle marqué par la révolution industrielle, la fonction de l’animal change. D’utilitaire, il devient agrément, et acquiert une dignité nouvelle.

Conjointement à la loi du 21 juin 1898 édictant que les animaux domestiques décédés ne devaient plus obligatoirement finir chez l’équarrisseur mais pouvait être enterré, le cimetière d’Asnières est fondé l’année suivante par l’avocat Georges Harmois et la journaliste Marguerite Durand. 

Bien que les les cérémonie funéraires et autres références religieuses – notamment la présence de croix – y sont proscrites, le lieu est empreint tout entier de la sacralisé de l’amour qu’ont porté ces maîtres à leurs animaux.

Mais si le mimétisme avec les nécropoles humaines y est frappant, ses spécificités le sont tout autant. Au poids des stèles et des mausolées en pierre s’ajoute son lot de bibelots, d’accessoires pimpants et d’artifice colorés. L’esthétique mortuaire se lie avec celle de l’enfance, rappelant que pour nombre de maîtres, souvent, leur animal était comme un bébé qui n’avait jamais grandi. 

De là découle un lieu étrange, où les morts n’ont qu’un prénom, où la gravité minérale côtoie la légèreté plastique, et où le tragique n’est jamais loin du kitch.

Une dichotomie merveilleusement résumé par ses mots d’un des gardiens des lieux, recueillis par Bérénice Gaillemin : 

«  Ici, c’est un peu Disneyland, sauf que Mickey est mort. » 

 

 


 

 

Louis, Clément, Ezequielle, Elvis

But also Gribouille, Poupoune, Caramel and Vanille.

For more than 120 years, the remains of animals whose masters wanted a burial worthy of their affection have rested in the dog cemetery of Asnières. 

Here lie dogs, but also cats, turtles, horses, and even monkeys and sheep.

Some are famous – like Rintintin, canine star of the cinema, or Clément, the dog of the writer Michel Houellebecq -, others less so.

Created in 1899, classified as a historical monument in 1987, it is the first place of its kind in France, resulting from both a legal and ideological change. At the end of the 19th century, marked by the industrial revolution, the function of the animal changed. From utilitarian, it becomes enjoyment, and acquires a new dignity.

In conjunction with the law of June 21, 1898, which decreed that deceased domestic animals no longer had to be disposed of at the knacker’s but could be buried, the cemetery of Asnières was founded the following year by the lawyer Georges Harmois and the journalist Marguerite Durand. 

Although funerary ceremonies and other religious references – notably the presence of crosses – are forbidden, the place is imbued with the sacredness of the love that these masters had for their animals.

But if the mimicry with human necropolises is striking, its specificities are just as strong. To the weight of the steles and stone mausoleums is added its share of trinkets, dapper accessories and colorful artifice. The mortuary aesthetic is linked with that of childhood, reminding us that for many masters, their pet was like a baby that had never grown up. 

From this comes a strange place, where the dead only have a first name, where mineral gravity rubs shoulders with plastic lightness, and where the tragic is never far from kitsch.

A dichotomy wonderfully summarized by the words of one of the guardians of the place, collected by Bérénice Gaillemin : 

« Here, it’s a bit like Disneyland, except that Mickey is dead. »